15.08.2008

n'arrivez-vous pas à dormir?

Jamais je n’ai pu te convaincre des raisons pour lesquelles je croyais à un monde sans héros. Jamais je n’ai pu t’expliquer que les malheureux écrivains qui inventent ces héros ne sont en rien des héros. Jamais je n’ai pu t’expliquer que ces gens dont les photos paraissent dans les magazines sont d’une autre espèce que la nôtre. Jamais je n’ai pu te convaincre de l’obligation où tu étais de vivre comme tous les autres. Jamais je n’ai pu te faire accepter que dans cette vie comme les autres, je devais avoir une place, moi aussi.

Donne-moi ton adresse, pour que je te rappelle, moi, tout ce dont tu ne peux plus te souvenir, mon pauvre, tu es en train de perdre peu à peu tous les paradis et les enfers dont tu rêves ou que tu as vécus.

Bien plus tard, après avoir discrètement retiré la fiche du téléphone et examiné les placards, les cahiers, les notes et les vieux vêtements, avec les gestes d’un somnambule à la recherche de ses souvenirs, je me coucha dans le lit et se laissa glisser dans un sommeil profond, tout en écoutant les bruits dans ma tête.

Et j’ai compris une fois de plus que ce qu’il y avait de plus beau dans le sommeil, c’était la possibilité qu’il vous offre d’oublier l’écart désespérant entre l’être et celui que vous voudriez devenir ; et de confondre avec une immense sérénité ce que vous ressentez et ce que vous n’avez jamais ressenti, ce que vous avez vu et ce que vous n’avez jamais vu, et ce que vous savez et ce que vous ignorez...

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